Introduction à la science politique

La science politique est la discipline qui étudie les phénomènes politiques. Elle est le résultat de l’institutionnalisation progressive d’un ensemble de champs du savoir (droit, économie, histoire, sociologie) lorsque ceux-ci s’intéressent plus spécifiquement à l’étude du pouvoir, si bien que l’on a pu parler pendant longtemps de sciences politiques au pluriel. Il s’agit donc d’une discipline se situant au carrefour de plusieurs autres et dont les méthodes d’analyse sont les mêmes que celles utilisées par les sciences sociales. 

1/ L’objet de la science politique est l’étude des phénomènes politiques. Cette définition nécessite cependant d’être explicitée. Les phénomènes politiques se caractérisent par une extrême diversité comme le montre la multiplicité des acceptions du mot politique. L’anglais permet de faire des distinctions difficilement audibles en français. 
Il faut distinguer : 

  • la politique (politics) : désigne la vie politique, l’arène où les responsables politiques s’affrontent pour la conquête du pouvoir (par exemple, s’engager en politique, faire de la politique) ; 
  • la politique (policy) : renvoie aux programmes d’action mis en place par une institution pour atteindre des objectifs donnés (par exemple, l’Etat qui met en œuvre des politiques sociales ou encore une entreprise qui définit une politique des ressources humaines) ; 
  • le politique (polity) : l’emploi du masculin renvoie à celui qui gouverne, qui exerce des responsabilités dans la cité (polis en grec), qui détient le pouvoir. 

La science politique étudie les phénomènes politiques compris comme ceux qui relèvent de ce troisième sens. L’existence de conflits réels ou supposés au sein d’une société est envisagée comme l’origine de l’intervention d’un tiers, le juge ou l’Etat, chargé d’arbitrer afin de garantir la cohésion sociale. Cette régulation des conflits inhérents à la société explique la reconnaissance progressive d’un pouvoir détenteur du monopole du recours à “la violence légitime” (pour reprendre la définition de l’Etat donnée par Max Weber). 
L’objet de la science politique est donc le conflit et sa régulation par l’utilisation du pouvoir. Cela signifie qu’aucun problème de société n’est par nature politique mais que n’importe lequel est susceptible de le devenir pourvu qu’un groupe s’en saisisse. La question de l’avortement dans les années 1970 ou celle du droit opposable au logement dans les années 2000 sont des exemples de problèmes de sociétés qui ont émergé grâce à la mobilisation d’acteurs. Mais encore faut-il que ces groupes acquièrent une visibilité suffisante. C’est là tout l’enjeu du politique. La reprise de ces questions sociales par les pouvoirs publics est l’objet d’une traduction au politique qui implique un certain codage visant à identifier des victimes et des responsables, à traduire les problèmes catégoriels en problèmes d’intérêt général, à interpeller la classe politique (celle qui gouverne et l’opposition de manière à les faire prendre position) et à surestimer les capacités d’action gouvernementale en demandant plus que ce qu’elle faisait avant la mobilisation.
Dans La Science politique, Philippe Braud distingue quatre sous-disciplines propres à la science politique 

  • la Théorie politique : elle porte sur divers concepts tels que le pouvoir, la nation, l’État, la mobilisation et cherche à formuler des théories, des modèles interprétatifs de la réalité politique, et à s’interroger sur les méthodologies employées. Elle renvoie également à l’histoire des idées politiques qui désigne l’étude des idéologies justifiant l’action politique ; 
  • la Sociologie politique : elle désigne l’étude des acteurs de la vie politique (institutions, partis, groupes d’intérêt, personnel politique, forces sociales), l’analyse des élections, des processus de socialisation, de communication et d’action collective et des modes de construction des idéologies et des univers de représentations symboliques ; 
  • la Gouvernance et les politiques publiques : il s’agit de l’étude du fait administratif, compartiment de la sociologie politique, mais dont la largeur justifie une certaine autonomie (la gouvernance désigne l’étude comparée des processus décisionnels dans toutes les institutions et pas seulement dans les administrations) ; 
  • les Relations internationales : c’est l’étude des rapports inter-étatiques, mais aussi des activités des organisations internationales. 

2/ La science politique partage avec les sciences sociales des méthodes d’investigation similaires qui se sont affinées au fil du temps. 
L’histoire de la science politique montre une évolution des méthodes utilisées qui s’inscrit néanmoins dans une certaine continuité du point de vue de la rigueur de l’analyse. Les premiers penseurs politiques tels que Thucydide, Platon ou Aristote adoptent une attitude visant à établir les faits et à définir les concepts avec un souci de rigueur significatif. A la Renaissance, Machiavel réalise une distinction fondamentale de la politique et de la morale, et ouvre ainsi la voie à une réflexion sur les phénomènes politiques affranchie de considérations éthiques ou philosophiques. 
Plus tard, Montesquieu et Tocqueville réalisent des voyages qui seront la source d’inspiration à des comparaisons entre les différents régimes politiques. Dans L’Esprit des lois (1749), Montesquieu met au point sa célèbre théorie sur la séparation des pouvoirs qui repose sur l’observation des mœurs politiques. Quant à Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835-1840), il décrit et analyse le système politique américain, puis expose les possibles dérives liberticides de la passion de l’égalité chez les hommes. 
Les fondateurs de la science politique moderne apparaissent au début du XXe siècle, en même temps qu’émergent les sciences sociales. Emile Durkheim définit les bases du raisonnement scientifique en sciences sociales dans Les Règles de la méthode sociologique (1885). Dans Le savant et le politique, Max Weber se préoccupe de la neutralité axiologique, désignant par là, la nécessité pour le chercheur de se défaire de ses jugements de valeurs dans son travail de recherche. Weber mène également plusieurs travaux sur les modes de légitimation du pouvoir (il est à l’origine d’une théorie sur les différentes formes de domination) ou encore sur le fonctionnement de la rationalité bureaucratique dans les Etats modernes. Il ne faut pas oublier non plus les travaux précurseurs de sociologie électorale menés par André Siegfried dans son Tableau politique de la France de l’Ouest (1913) où il recueille des données et les analyse en adoptant un raisonnement rigoureux. 
Le fait majeur dans l’apparition des sciences politiques reste toutefois l’influence des chercheurs américains. Ces derniers, sous l’influence de la tradition empiriste et utilitariste, réalisent d’importantes études de terrain qui contribuent à populariser la discipline et à l’ancrer dans le paysage des sciences sociales. Ils n’hésitent pas non plus à recourir aux statistiques et à l’usage des mathématiques. La tradition française des sciences politiques a toujours favorisé les travaux plus qualitatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que les facultés de science politique ont émergé des facultés de droit. Mais l’Ecole libre des Sciences politiques (ancêtre de Sciences Po) créée en 1872 par Emile Boutmy, école dont l’objectif est de former des praticiens de la chose publique (fonctionnaires, gouvernants, etc.), a pu servir de porte d’entrée à la science politique américaine et ainsi contribué à la formation d’un champ scientifique avec ses propres règles de fonctionnement (il existe une agrégation de science politique depuis 1988, des revues, des chairs universitaires, des centres de recherche, etc.).  


Leave a comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *