L’autoritarisme

Sacre de Napoléon, le 2 décembre 1804
par le peintre Jacques-Louis David. 

L’autoritarisme est un système politique se caractérisant par une confiscation du pouvoir au profit du gouvernement en place, se traduisant par l’absence d’élection (ou des élections truquées), une répression policière importante (existence d’une police politique), une forte limitation des libertés et l’existence d’une censure. Cependant, en dehors des activités à caractère politique, ce type de système laisse aux individus des espaces de liberté au sein de la société civile. Après avoir défini les principales caractéristiques du système autoritaire (1), nous présenterons les différents types de régime qu’il peut exister (2). 

1/ L’autoritarisme s’oppose à la démocratie : il ne tolère pas la présence d’une opposition politique, mais ne se confond pas avec le totalitarisme car il ne cherche pas à contrôler les mentalités. 

A/ Les régimes autoritaires se distinguent des régimes démocratiques par deux éléments : 

  • les élections n’existent pas ou ne permettent pas réellement une compétition ouverte à d’autres groupements politiques ; 
  • l’expression publique d’un désaccord sur la politique du gouvernement n’est pas ou faiblement tolérée. 

L’objectif des dirigeants est d’empêcher toute remise en cause de leur présence au pouvoir. Dans Sociologie politique, Philippe Braud décrit trois procédés possibles auxquels ils recourent pour cela  : 

  • l’interdiction des activités politiques organisées : les partis, mais aussi les syndicats, les associations civiques, les comités intellectuels sont interdits, tout comme les consultations électorales ; l’efficacité de cette mesure dépend néanmoins de l’importance de la participation politique traditionnelle ou du niveau de violence auquel recourt le pouvoir pour intimider les éventuels protestataires ; 
  • le contrôle étroit de la vie politique : il passe soit par un contrôle du pluralisme, soit par l’institutionnalisation d’un parti unique afin de canaliser l’expression populaire ; certains régimes ne soumettent pas à l’élection le chef suprême, d’autres truquent les élections ou présentent un candidat unique ; 
  • le contrôle entier de l’appareil d’Etat : l’enjeu est de s’assurer les fidélités de la base au sommet de l’administration. Certains régimes favorisent les solidarités familiales, tribales, régionales ou clientélistes (ce qui était le cas dans les monarchies traditionnelles pré-modernes), d’autres institutionnalisent un parti unique et un syndicalisme d’Etat (qui jouent le rôle d’outils de sélection des cadres fidèles) ou bien recourent à l’armée à tous les niveaux de l’administration étatique. 

B/ Les régimes autoritaires se distinguent également des régimes totalitaires car ils n’exigent pas des citoyens qu’ils partagent l’idéologie du pouvoir, soit qu’ils tolèrent et entretiennent l’indifférence généralisée, soit qu’ils se satisfont d’une adhésion publique extérieure sans rechercher à remodeler les mentalités. Ils s’accommodent ainsi selon les mots de Philippe Braud, “d’un relatif pluralisme idéologique”. Par exemple, les régimes autoritaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine laissent une autonomie significative aux grandes firmes économiques en échange de leur soutien politique. Ils contrôlent étroitement les moyens de communication (presse, radio, télévision, Internet), mais permettent une relative liberté dans les domaines non politiques comme la culture, la religion ou les loisirs. Leur ambition se limite à assurer l’ordre extérieur. 
En revanche, lorsque le régime connaît des difficultés, il recourt bien souvent à la violence, l’absence d’institutionnalisation d’une opposition rendant le dialogue compliqué avec les contestataires lorsqu’ils manifestent publiquement leur désapprobation. C’est ce que montre notamment l’exemple récent des révolutions arabes : les régimes autoritaires tunisiens et égyptiens ont d’abord cherché un traitement purement policier des conflits afin de décourager les contestataires. Mais lorsque le mécontentement est devenu trop grand au sein du pays, la solution de la violence n’a fait qu’aggraver la crise politique et a finit par menacer l’existence même du régime. 

2/ Dans Sociologie politique, Philippe Braud recense quatre types de régime différents appartenant au système autoritaire. 

A/ L’autoritarisme patrimonial : il s’agit d’un régime dans lequel le chef s’appuie sur sa légitimité traditionnelle (concept de Max Weber : l’autorité du Prince se rapproche de l’autorité naturelle du père de famille). Les ressources de l’Etat se confondent avec ses biens personnels. Les limites de son pouvoir sont plus politiques que juridiques : il dispose d’un pouvoir absolu, mais il doit néanmoins transiger avec les ordres sociaux existants (cf. la monarchie de l’Ancien régime). 
Dans Traditional Neo-patrimonialism and Modern Neo-patrinmonialism (1973), Samuel Eisenstadt parle de néo-patrimonialisme pour rendre compte des régimes du monde arabe (monarchies pétrolières du Golfe) caractérisés par la faiblesse des contre-pouvoirs. Le Prince décide seul et entretient une clientèle pour s’assurer le loyalisme de ses soutiens (promotion, privilèges, prébendes). La sphère étatique et la sphère privée des dirigeants se confondent, d’où leur enrichissement personnel parfois colossal. 

B/ L’oligarchie clientéliste : il s’agit d’un type de régime disposant d’une façade parlementaire et d’un pluralisme politique apparent, mais où le pouvoir appartient à une minorité politiquement dominante au sein des grands propriétaires terriens ou du monde des affaires. Les allégeances reposent surtout sur un lien clientéliste tissé entre des partenaires fortement inégaux. Elles se font, en outre, à la marge de l’Etat, dont les moyens demeurent limités et qui par conséquent, ne peut pas garantir un niveau d’impartialité satisfaisant (corruption forte). Ce type de régime se retrouve en Amérique latine, en Colombie notamment. 

C/ La dictature populiste : elle plonge ses origines dans le bonapartisme. Le bonapartisme est un régime qui voit la prééminence de l’exécutif sous l’égide d’un empereur à vie, qui fait référence aux principes de la souveraineté nationale et qui fait appel aux valeurs patriotiques en vue d’obtenir un large consensus populaire (recours au plébiscite). Comme le note Guy Hermet dans Aux frontières de la démocratie (1983), le bonapartisme opère la conjonction entre les aspirations à l’ordre et l’irruption canalisée des masses populaires sur la scène politique. L’appel au peuple via une symbolique populiste (grandeur nationale, chef militaire charismatique, pratique du suffrage universel) renforce la légitimité de l’Etat et lui permet d’accompagner, voire d’accélérer, les mutations culturelles et économiques du pays. 
Au XXe siècle, plusieurs Etats suivent ce modèle pour accélérer la modernisation d’une société : Mustapha Kemal en Turquie et Gamal Abdel Nasser en Egypte. Ce sont des régimes forts, dirigés par un chef militaire prestigieux, qui s’appuient sur l’armée et le nationalisme des classes moyennes. Ils n’hésitent pas à exalter des valeurs d’égalité et de révolution en faveur des plus démunis. Le Venezuela d’Hugo Chavez en est un exemple contemporain. 

D/ La bureaucratie autoritaire : l’Etat crée et contrôle les corps intermédiaires et plus particulièrement, les institutions économiques, culturelles et professionnelles. Une autonomie de façade leur est toutefois accordée laissant l’impression que le pouvoir bureaucratique se manifeste en dehors de l’Etat. C’est le cas notamment du régime russe sous l’ère Poutine ou de la Chine post-maoïste. 


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