Europe écologie les Verts (EELV)

Europe écologie les Verts (EELV) est un parti politique français, situé à gauche, qui cherche à promouvoir l’écologie politique. Il a été fondé en 1984 lors du congrès de Clichy après un rassemblement de deux mouvements écologiques. Il milite en faveur de la prise en compte des enjeux écologiques dans l’action politique et se nourrit d’influences diverses telles que le féminisme, le tiers-mondisme ou le pacifisme. Ses alliés traditionnels sont le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF) avec lesquels il a gouverné entre 1997 et 2002 (la gauche plurielle). Malgré une institutionnalisation croissance de cette organisation dans le paysage politique français, celui-ci souffre de la volatilité de son électorat et de sa gouvernance difficile. En 2011, il compte 15 000 adhérents. 

1/ La croissance du parti écologiste s’explique par les mutations sociales et économiques que les sociétés post-industrielles connaissent depuis les années 70. 

A/ Si le parti vert a été fondé en 1984, la première candidature d’un écologiste à la présidentielle est plus ancienne. En effet, en 1974, René Dumont, un agronome spécialisé dans le développement agricole des pays du Tiers Monde, se présente pour défendre les idées de l’écologie politique. Malgré un faible score (1,32 % des suffrages), il contribue à la sensibilisation de l’opinion publique sur les inégalités Nord-Sud, la problématique de la gestion de l’eau dans les pays en voie de développement, l’épuisement des ressources naturelles et la pollution croissante due aux activités humaines. 
Dans les années 70, les partis écologistes sont éparpillés en de petites entités autonomes. Ils se rassemblent le temps d’une élection et se dissolvent au lendemain de celle-ci. Il faut attendre le congrès de Clichy (1984) pour que ces entités se rassemblent au sein d’un parti plutôt inspiré par des valeurs de gauche. Toutefois, Antoine Waechter, qui s’impose comme le chef de file du nouveau parti en 1986, défend une ligne politique indépendante de la droite et de la gauche en affirmant que “l’écologie politique n’est pas à marier” (stratégie du “ni, ni”). 
Les Verts connaissent ensuite leur premier succès électoral lors des élections européennes de 1989 (10,6 % des suffrages). Même s’il faut aussi tenir compte du fort taux d’abstention lors de ces élections, à partir de cette date, le parti vert français ainsi que ses homologues européens (les Grünen allemands, le Green party anglais) deviennent des composantes non négligeables des systèmes partisans européens. L’accident de Tchernobyl survenu en 1986 explique en partie cette montée sensible des préoccupations environnementales. 
En 1990, Brice Lalonde et Jean-Louis Borloo créent un autre parti écologiste, avec une orientation plutôt libérale : Génération écologie (GE). Si en 1993, GE et les Verts concluent une alliance pour présenter des candidats uniques aux élections législative, cette ligne politique est abandonnée dès 1994, les Verts souhaitant passer des alliances uniquement avec la gauche, ce qui marque une rupture avec la stratégie du “ni, ni” défendue initialement par Antoine Waechter. En raison de sa mise en minorité, il quitte les Verts pour fonder le Mouvement écologiste indépendant (MEI)
En 1995, Dominique Voynet se présente à l’élection présidentielle et obtient un score assez faible (3,35 %). Cette situation conforte la logique d’alliance des Verts avec le Parti socialiste. Ils s’entendent sur un programme et un partage des circonscriptions qui donne lieu à la gauche plurielle. Après la victoire de cette union aux élections législatives de 1997, les Verts entrent au gouvernement par l’intermédiaire de Dominique Voynet alors ministre de l’Environnement du gouvernement Jospin. 
Si, lors les élections présidentielles de 2002, le candidat des Verts, Noël Mamère, recueille le score le plus importants pour un écologiste dans ce type d’élection (5,25 % des voix), les élections législatives apparaissent en revanche comme un échec, puisque le parti n’obtient que 3 élus au lieu de 6 lors de la précédente législature. Quant aux élections présidentielles de 2007, le score très bas obtenu par la candidate Dominique Voynet (1,57 %) a fait craindre, un moment, la disparition du parti. 
A partir de ces échecs, une nouvelle stratégie vise au rassemblement de toutes les sensibilités écologistes allant de Nicolas Hulot à José Bové. Mise en place lors des élections européennes de 2009, cette  stratégie de rassemblement s’avère payante puisque les listes intitulées “Europe Écologie” obtiennent 16,28 % des suffrages au niveau national. Le changement de nom des Verts en 2010, nouvellement baptisé Europe écologie les Verts (EELV), s’inscrit dans la continuité de ce mouvement. 

B/ La montée en puissance des partis écologistes peut s’expliquer par la prise de conscience des enjeux environnementaux. Il y a tout d’abord le réchauffement climatique, objet de préoccupations toujours plus pressantes et qui est désormais reconnu, depuis les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) réalisés en 2007, par l’ensemble de la communauté scientifique. Il y a aussi l’accroissement des risques liés aux activités humaines dans le domaine du nucléaire civil (Tchernobyl) et militaire (Murora), dans le domaine des hydrocarbures (Erika, Deepwater Horizon, exploitation du gaz de schiste) mais aussi dans le domaine agroalimentaire (le scandale de la vache folle, les OGM). 
Dans La société du risque (1986), Ulrich Beck diagnostique l’émergence d’une société où le risque ne lui est plus est extérieur, mais inhérent. Les sociétés industrielles traditionnelles fonctionnaient autour du problème de la répartition des richesses. Or dans les sociétés post-industrielles, le problème fondamentale apparaît comme celui de la répartition du risque. Le risque y est en effet global et menace l’humanité entière de disparition. Il entraîne, par conséquent, une redéfinition de la dynamique sociale et politique : il est un critère supérieur à la notion de répartition des richesses et devient l’élément structurant du capitalisme. A partir de cette analyse, il est possible de considérer les partis écologistes comme une réponse politique à la nécessité de gérer le risque planétaire, celui du réchauffement climatique, mais aussi celui de la gestion des ressources naturelles ou des conséquences transnationales des activités humaines sur l’environnement. 
Il est aussi possible d’invoquer un effet de génération. Dans La révolution silencieuse (1977), Ronald Inglehart évoque un changement dans les aspirations des individus nés après la guerre. Selon lui, la socialisation primaire détermine les valeurs de l’adulte qui désire ce qu’il n’a pas eu étant enfant. Si les enfants qui ont connu la guerre favorisaient, une fois adulte, la sécurité, notamment sur le plan matériel, les générations d’après guerre ont développé de nouvelles exigences s’écartant du modèle de société promu par leurs aînés reposant sur la croissance économique et l’accumulation des richesses. Ils ont ainsi orienté leurs attentes politiques vers un développement durable, soucieux de l’environnement et limitant le gaspillage des ressources. Les partis écologistes ont ainsi servi de tribune pour cette nouvelle génération qui ne se reconnaissait pas dans les partis traditionnels promouvant des valeurs matérialistes (croissance économique, pouvoir d’achat). 
Enfin, il faut souligner que l’émergence d’un parti écologiste dans les années 70-80 s’intègre mal dans la théorie de la congélation défendue par Rokkan et Lipset. Dans Party Systems and Voter Alignments (1967), Stein Rokkan et Seymour Lipset expliquent l’apparition des partis par le gel des clivages émergeant à une époque donnée (pour mémoire, ils distinguent quatre clivages fondamentaux : Eglise/Etat ; centre/périphérie ; rural/urbain ; possédants/travailleurs). Il est toutefois possible d’intégrer les partis écologistes à cette analyse, à condition d’ajouter un nouveau clivage, par exemple entre matérialistes et post-matérialistes. 

2/ Malgré une présence de plus de trente ans dans le paysage politique français, le parti écologiste peine à fidéliser son électorat. 

A/ Au plan de la sociologie électorale, le profil type d’un militant écologiste est le suivant : individu d’environ 40 ans, diplômé du supérieur, travaillant dans le secteur tertiaire, plus particulièrement dans les domaines sociaux et intellectuels (41 % des militants appartiennent aux professions intellectuelles supérieures en France, contre 9,6 % de la population). Il est peu religieux et manifeste un fort intérêt pour la politique. Comme pour le PCF, le parti Vert se démarque des autres par son taux de féminisation très marqué (33 % des Verts sont des femmes). 
Europe écologie les Verts (EELV) est un parti récent qui a néanmoins su s’enraciner progressivement dans la géographie électorale. Il ne dispose pas de bastions électoraux, mais recueille ses meilleurs résultats dans quatre zones : l’Alsace (lieu de naissance de l’écologie politique française), Rhône-Alpes, la Bretagne et Paris. L’écologie politique reçoit un accueil plus favorable dans les villes dotées de structures universitaires (Paris, Lyon, Grenoble, Rennes) que dans les régions rurales. Il peut toutefois apparaître des sursauts électoraux dans certaines zones marquées par une conjoncture locale particulière (liée à l’implantation d’une centrale par exemple). Ce phénomène correspond à la politisation de mouvements NIMBY (“Not in my backyard”, pas chez moi), c’est-à-dire à des individus se servent du vote écologiste pour défendre leurs intérêts particuliers plutôt que par adhésion au projet de société défendu par le parti. Il s’agit donc d’un vote de circonstance et non d’un vote d’adhésion. 
Plus généralement, le parti Vert peine à fidéliser son électorat, et ce, malgré une présence dans le paysage politique français de plus de trente ans. Le nombre d’adhérents (15 000) reste faible et parmi eux, les professions intellectuelles sont surreprésentées. La plupart d’entre eux partagent le socle des valeurs de gauche : confiance en l’interventionnisme étatique et lutte contre les inégalités. Ils affichent cependant un soutien plus marqué aux minorités (régularisation de tous les “sans papiers”, refus des politiques de contrôle de l’immigration) et leur volonté affichée d’une sortie rapide du nucléaire est un élément de différenciation important, les positions communistes et socialistes étant plus mesurées à cet égard. 
En revanche, les électeurs écologistes présentent une homogénéité moins importante que les militants. A titre d’exemple, en 2007, seuls 32 % des personnes proches des Verts se positionnent clairement à gauche. Certains d’entres eux revendiquent une stricte indépendance, d’autres préfèrent un positionnement plus au centre et regrettent un positionnement trop social des écologistes qui se fait au détriment de la défense des causes environnementales. Selon le type d’élection (local, national ou européen) et selon le poids de la conjoncture environnementale, les résultats des suffrages obtenus varient grandement, ce qui fait du vote vert avant tout un vote d’enjeu

B/ Sur le plan interne, le parti écologiste se distingue des autres partis par l’importance de la démocratie interne. Dès l’origine, il est le résultat d’expériences associatives et d’initiatives citoyennes (cf. les comités de citoyens allemands dans les années 70). Le projet écologiste a une portée générale puisque c’est un projet de société alternatif, mais c’est aussi un projet politique alternatif qui recherche l’accomplissement de la démocratie participative à l’échelle de la société tout entière, contre les tendances élitistes du système représentatif. 
Cet idéal démocratique est mis en œuvre au sein du parti et se caractérise par un rejet de l’oligarchie et de la professionnalisation politique. Les adhérents détiennent la souveraineté. Les instances de décision sont collégiales. L’organisation du parti est décentralisée et repose sur la coordination d’unités locales autonomes. Plusieurs principes sont appliqués : 

  • le principe du non cumul des mandats ; 
  • le principe de l’égalité des militants ; 
  • le principe de délibération permanente (tout militant peut prendre la parole lors d’une assemblée générale) ; 
  • le principe de participation (les programmes sont le produit de motions librement proposées par tous et longuement discutées ; lors de leur élaboration, les minorités peuvent s’exprimer au même titre que les tendances les plus importantes). 

Ce type d’organisation présente un coût en temps et se révèle complexe à gérer. Les querelles apparaissent au grand jour et rendent l’identification partisane délicate. La primaire écologiste entre Nicolas Hulot et Eva Joly en 2011 montre l’ampleur des désaccords qu’il peut exister entre deux candidats appelés à représenter EELV lors d’une élection présidentielle. Si cette organisation semble remettre en question la loi d’airain de l’oligarchie (Robert Michels), elle n’empêche pas pour autant la personnalisation et l’émergence de leaders qui négocient parfois entre eux ou peuvent être en conflit ouvert sans soumettre leurs décisions à la base militante. 
Cette importance de la démocratie participative explique aussi les difficultés que rencontre le parti pour s’institutionnaliser. Les clivages et les sensibilités divergentes accroissent l’ampleur des compromis à réaliser. A titre d’exemple, l’alliance de gouvernement avec le PS fait toujours débat au sein du mouvement. Si une fraction se proclame ouvertement antilibérale, une autre revendique un souci exclusif des enjeux environnementaux. Cette hétérogénéité est favorisée par les règles contraignantes de la démocratie interne qui, par respect pour les minorités, traite toutes les sensibilités de manière égalitaire, et donc forcément de manière injuste au regard des enjeux réels des positions défendues. Le surcroît de lenteur qui en résulte apparaît peu compatible avec la participation aux élections et au gouvernement qui nécessite une prise de décision rapide et un leadership affirmé.

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