L’innovation

Une innovation est une nouveauté qui apparaît dans un domaine particulier. Elle peut être technologique si elle donne lieu un nouveau produit, mais aussi organisationnelle, comme par exemple pour le taylorisme qui est un changement majeur dans la façon de concevoir l’organisation de la production. Elle permet à une entreprise d’obtenir un avantage concurrentiel et ainsi de percevoir une rente liée à sa situation de monopole. Mais ce monopole se trouve ensuite contesté par l’entrée en concurrence d’imitateurs. Pour cette raison, l’innovation connaît une évolution cyclique : les importants profits qu’elle génère tout d’abord sont ensuite progressivement réduits par l’entrée en jeu de nouveaux acteurs. Comme elle constitue un facteur de croissance important, certaines entreprises n’hésitent pas à investir massivement dans la recherche et développement (R&D) et les Etats à définir des politiques d’innovation de plus en plus ambitieuses. 

1/ L’innovation apparaît par grappe entraînant ainsi un processus de « destruction créatrice » : les nouveaux produits ou procédés chassent les anciens. 

A/ Les innovations peuvent faire l’objet de différentes typologies. 
Il est possible, tout d’abord, de distinguer les innovations selon le degré de changement qu’elles impliquent : 

  • les innovations radicales : ce sont les innovations majeures et de grande ampleur ; 
  • les innovations incrémentales : ce sont les innovations graduelles et de faible ampleur qui apportent de légères améliorations aux produits existants. 

Il est ensuite possible de distinguer les innovations selon leur origine : 

  • les innovations par transfert : elles résultent d’un transfert technologique consistant à appliquer une technologie qui existe déjà à un nouveau domaine ; 
  • les innovations par création : elles sont basées sur des découvertes scientifiques qui n’ont pas encore connues d’application technique. 

Il est possible, enfin, de proposer une distinction des innovations selon leur nature. Dans Théorie de l’évolution économique (1912), Joseph Schumpeter en distingue cinq grands types : 

  • les innovations de produit : la mise au point et la commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services nouveaux et améliorés ; 
  • les innovations de procédé : la mise au point et l’adoption de méthodes de productions nouvelles ou notablement améliorées ; 
  • les innovations organisationnelles : l’organisation du travail ainsi que son optimisation en sont des exemples ; 
  • les innovations de débouchés : l’ouverture d’un débouché nouveau, c’est-à-dire la conquête de nouveaux marchés porteurs de croissance (la Chine, l’Inde par exemple) ; 
  • les innovations matérielles : la découverte de nouveaux matériaux, l’utilisation de nouvelles sources d’énergie (le solaire). 

D’autres types d’innovation peuvent être ajoutées à la typologie schumpétérienne : 

  • les innovations de service : le secteur des services représentant 70% de l’emploi dans les pays développés, elle est devenue particulièrement importante aujourd’hui. Elle consiste à proposer soit de nouveaux services (le commerce électronique par exemple), soit de nouvelles combinaisons de services (service après-vente lié à l’achat d’un produit ou encore offre quadruple play dans le domaine des télécommunications) ; 
  • les innovations sociales : on oublie souvent le secteur de l’économie sociale, notamment parce qu’il est non marchand, mais il peut avoir un impact important sur la société car il est source de progrès pour la collectivité. Le RSA (Revenu de solidarité active) est un exemple d’innovation sociale. 

B/ Une innovation est une invention qui s’est répandue. Trois stades composent un progrès technique ou organisationnel : 

  • l’invention : c’est le stade de la production de connaissance nouvelle ; 
  • l’innovation : c’est le stade du dispositif nouveau, le produit ou le procédé effectivement vendu ou mis en œuvre ; 
  • la diffusion : c’est le stade de l’adoption du dispositif technique à grande échelle. 

Il existe des liens intimes entre ces trois stades : les idées nouvelles permettent la mise au point et la commercialisation de nouveaux produits, lesquels à leur tour suscitent de nouvelles idées. Les produits nouveaux sont diffusés et encouragent la mise au point de nouveaux produits. Pour cette raison, il existe à la fois des cycles d’innovation et des grappes d’innovation. 
Dans Business cycle (1939), Joseph Schumpeter recourt au concept de grappes d’innovation” pour expliquer les cycles économiques. En reprenant les travaux du statisticien russe Nicolas Kondratieff sur les cycles longs (50 ans), il montre le rôle de l’innovation dans l’alternance des phases de croissance de 25 ans avec des phases de croissance lente d’une durée similaire. 
La phase de croissance s’explique par l’apparition et la diffusion de produits ou de procédés nouveaux. D’abord apparaît une innovation majeure (par exemple la machine à vapeur), puis d’autres innovations suivent, comme une grappe de raisins, portées par cette première découverte (locomotives, bateaux, industrie textile, etc.). Les innovations dégagent des profits élevés grâce à la rente de monopole qu’elles procurent. En effet, comme l’entreprise innovante est la seule à proposer son produit, elle peut le proposer à un prix plus élevé que celui du marché. 
Il se produit, en parallèle, un phénomène que Schumpeter qualifie de “destruction créatrice” (Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942) : le monopole acquis au moyen des innovations est temporaire en raison de leur diffusion par imitation. L’entreprise doit réagir en lançant un nouveau cycle d’innovations. La destruction des anciennes innovations est créatrice de nouvelles. 
Une fois que le filon technologique se tarit, les innovations se font moins nombreuses et moins radicales, les entreprises sont prises dans un mouvement de concentration, la croissance ralentit et le profit diminue du fait de l’érosion des rentes de monopole de plus en plus contestée par de nouveaux entrants sur le marché. Lorsque les profits sont trop faibles, l’investissement se réduit et la crise éclate, suivie d’une récession. Une fois que les entreprises les moins viables ont disparu, un redémarrage de l’économie se produit. 
Schumpeter propose la périodisation suivante de l’apparition des grappes d’innovation : 

  • de 1740 à 1840 : première révolution industrielle, textile ; 
  • de 1840 à 1896 : diffusion de la vapeur, chemin de fer ; 
  • de 1896 à 1945 : électricité, acier, chimie ; 
  • à partir de 1945 : production de masse, automobile. 

C/ Une innovation peut intervenir en amont ou en aval de la production, dans le procédé de production ou bien être incorporée dans le produit lui-même : 

  • en termes de coût, l’innovation permet de réduire les coûts, ce qui laisse la possibilité de baisser les prix ou d’augmenter les marges ; 
  • en termes de produit, l’innovation procure un monopole sur un segment de marché (on parle de niche). Par exemple, Apple détient un monopole dans le domaine du graphisme. 

Le cycle de vie de l’innovation suit essentiellement trois étapes : 

  • la mise au point : elle implique des investissements importants en Recherche et Développement (R&D) ; 
  • l’industrialisation : elle permet des gains élevés grâce au monopole, mais il ne tarde pas à être contesté du fait de l’arrivée de nouveaux concurrents ; 
  • la maturité technologique : les procédés et les coûts se sont stabilisés, des technologies de substitution apparaissent (le DVD remplace la vidéo cassette par exemple). 

En fonction du cycle de vie, on distingue : 

  • une technologie émergente : technologie nouvelle à faible diffusion (mise au point) ; 
  • une technologie clé : technologie récente à diffusion moyenne (industrialisation) ; 
  • une technologie de base : technologie ancienne à diffusion importante (maturité). 

2/ L’importance fondamentale de la connaissance dans les processus d’innovation renforce le rôle de l’Etat et des investissements de R&D au sein de l’entreprise. 

A/ Au départ, l’innovation se présente sous la forme d’une invention, donc d’une connaissance. Or la connaissance est un bien public, c’est-à-dire qu’elle présente deux caractères fondamentaux, elle est : 

  • non rivale : une connaissance peut être utilisée plusieurs fois par plusieurs agents, simultanément et sans détérioration, les agents économiques ne sont pas rivaux pour l’obtenir car leur consommation ne détruit pas le bien. Par contre, l’entreprise innovante supporte seule les coûts important liés à l’innovation, ce qui incite fortement à l’imitation ; 
  • non exclusive : l’entreprise innovante ne peut pas exclure les autres de l’usage de son invention, elle ne peut donc pas s’approprier la connaissance en écartant les autres. Il existe des moyens de protection comme les brevets, mais ils n’empêchent pas l’utilisation de l’innovation par les concurrents comme base pour d’autres découvertes qui ne profiteront pas à l’inventeur, ni la copie pure et simple de leur technologie par des pays qui ne respectent la même législation. 

La Recherche et développement (R&D) correspond à la phase initiale de l’innovation. Elle comprend trois étapes : 

  • la recherche fondamentale : elle porte sur la connaissance désintéressée d’un point de vue économique sur les lois de la nature. Ses résultats étant non marchands, elle est essentiellement financée par des fonds publics ; 
  • la recherche appliquée : elle est orientée vers la pratique. Ses résultats sont marchands : elle produit des inventions qui peuvent être brevetées et peut être financée sur fonds publics et privés ; 
  • le développement : ce sont les travaux d’adaptation et de mise au point des prototypes, il prépare l’industrialisation et la diffusion de l’invention. 

B/ A partir de là, il existe quatre stratégies d’innovation pour les entreprises : 

  • la stratégie de leader : l’entreprise cherche à être la première à commercialiser l’innovation, ce qui permet de la mettre sur le marché avec un profit élevé ou à céder des licences de fabrication dans des pays où elle ne détient pas de circuit commercial. Cette stratégie nécessite des investissements importants en R&D ; 
  • la stratégie de suiveur : l’entreprise cherche à coller au changement technologique tout en essayant de profiter des erreurs du leader ; 
  • la stratégie imitative : elle consiste à ne prendre aucun risque en se procurant les nouvelles technologies exploitées ailleurs pour les développer sur son propre marché. Cela implique un bon service d’information qui signale les nouveaux produits et les procédés correspondant aux activités de l’entreprise ; 
  • la stratégie de dépendance technique : elle est souvent pratiquée par les sous-traitants et les filiales qui produisent à partir d’un cahier des charges précis. Ce genre d’activité n’entraîne pas de frais liés à la R&D, ce qui abaisse d’autant les prix de revient de l’entreprise. 

Les entreprises disposent également de plusieurs voies d’accès à l’innovation technologique : 

  • la recherche interne consiste pour l’entreprise à développer en interne son propre circuit d’innovation. Cela nécessite de lourds investissements et expose à un fort degré d’incertitude ; 
  • l’achat de licences/brevets permet d’accéder à une technologie que l’entreprise ne maîtrise pas sans supporter les coûts de recherche, mais engendre néanmoins des coûts d’apprentissage de ces technologies nouvelles ; 
  • l’association avec un partenaire : elle permet de réunir des compétences complémentaires afin de créer des effets de synergie et de réduire les coûts ; 
  • le rachat d’une entreprise : cela permet d’acquérir son savoir-faire dans un domaine. 

C/ La nécessité d’investissements lourds pour stimuler la croissance conduit les entreprises à rationaliser leurs équipes de R&D et les Etats à mettre en place des politiques d’innovation. 
a/ Dans Théorie de l’évolution économique (1912), Joseph Schumpeter mettait en avant le rôle central de l’entrepreneur individuel le progrès technique. L’entrepreneur-innovateur s’apparentait à un véritable aventurier, capable de sortir des sentiers battus pour révolutionner la routine de production en exploitant une invention. Ses motivations étaient le profit, mais pas seulement : elles étaient aussi liées à la joie de créer et à son goût pour l’originalité. Cette figure « romantique » de l’entrepreneur devait être séparé de celle de l’entrepreneur-imitateur qui ne faisaient que copier les entrepreneurs les plus innovants. 
Dans Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), Schumpeter revient cependant sur cette analyse. Il prend acte en effet du rôle croissant des grandes structures de R&D au sein des entreprises. Ce phénomène conduit à faire de l’innovation un processus routinier : les équipes d’ingénieurs travaillent en permanence à l’amélioration ou au développement de nouveaux produits. 
Dans La Main visible des managers (1977), Alfred Chandler abonde en ce sens et souligne que les principales innovations du capitalisme industriel moderne sont désormais le fait de grandes entreprises organisées de manière rationnelle, dirigées par des managers professionnels et disposant de moyens financiers colossaux. 
b/ Parallèlement, les Etats ayant compris que l’innovation constituait un important relais de croissance ont joué un rôle croissant en définissant des politiques d’innovation
Dans Le Nouvel État industriel (1967), John Kenneth Galbraith décrit le “complexe militaro-industriel” que constituent les interrelations au plus haut sommet de l’Etat entre l’industrie et le pouvoir administratif et politique. Il s’est ainsi développé une “technocratie” au sein de l’entreprise : le pouvoir appartient de plus en plus à des spécialistes très qualifiés et échappe au contrôle des actionnaires. Cette technocratie industrielle se retrouve ensuite dans des postes à responsabilité au niveau de l’Etat, ce qui se traduit par un fort investissement dans la R&D et de nouvelles découvertes scientifiques qui profitent au domaine de la défense. 
Sur le plan des politiques d’innovation, aux Etats-Unis, l’Etat fédéral finance une partie de la R&D à travers des programmes dans l’aéronautique, les télécommunications, l’informatique ou encore dans les activités biomédicales. Ce financement permet le développement des connaissances fondamentales et appliquées, sources ensuite de nombreuses innovations dans les domaines civil et militaire. L’Etat japonais a également suivi cette stratégie, ce qui a pu expliquer le dynamisme de sa croissance dans les années 70 et 80. 
Dans National Innovation Systems : A Comparative Analysis (1993), Richard Nelson qualifie ce modèle où l’Etat joue un rôle important de modèle de la “big science” : les pouvoirs publics apportent leur soutien à la production organisée à grande échelle, en participant au financement des activités de R&D qui irriguent ensuite l’industrie et l’économie dans son ensemble.

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